[b]a-propos de la journée mondiale du théâtre (27 mars 2008)
l’argent n’a pas d’odeur…..le spectacle si !!![/b]
la première noble tache dont un directeur de théâtre (qui se respecte et respecte son public) doit s’acquitter, tous les matins, est de prospecter, avec minutie et grand intérêt, les toilettes des dames et des messieurs.
il y va de sa capacité de dirigeant et de la qualité des spectacles qu’il propose à ses clients !
de la comédie française à l’olympia,de la scala de milan à l’albert hall de londres, partout dans le monde théâtralisé ,dans toutes les salles de concerts, ces « hauts lieux de toilettes » sont continuellement soignés ! bein dame ! ces par là que passent la majorité des spectateurs/clients qui ont payé leurs places .c’est là où l’on vient se soulager et se refaire un brin de toilettes. là , on se rafraîchit le visage, on se lave les mains, on se refait une beauté avant d’entrer dans la salle de spectacle se rafraîchir l’esprit, se refaire une toilette cérébrale, se divertir ! c’est le lieu, par excellence, qui doit sentir bon, qui doit briller au point que le sol doit refléter votre image ! en règle générale, plus le prix du billet d’entrée est élevé, plus les toilettes sont luxueuses.
durant plusieurs années, le théâtre du maarif, ancien église revue et corrigée pour ressembler un tant soit peu à un théâtre, était célèbre pour des odeurs contre lesquelles, m’a-t-on expliqué, aucune solution n’était réalisable. pour cause de public indiscipliné
(voire mal élevé ?) et de places gratuites.
au petit théâtre d’ain sebaa qui aurait coûté à abdrrazak afilal près de quatre milliards, les loges d’artistes (en sous sol) sont tout justes séparées des w.c par un petit mur dérisoire qui diffuse ses « belles » odeurs non-stop !
au théâtre touria sekkat, les loges sont à la cave. seules bouches d’aération, de minuscules fenêtres qui donnent à même le trottoir .ce qui met les artistes, hommes ou femmes, à la portée des regards des petits plaisantins du quartier qui ne manquent aucune occasion de venir se rincer l’œil. lors de la présentation d’un ballet, des gamins ont fait mieux : ils ont réussis à placer leur zizi dans les fentes de la grille protégeant les fenêtres pour arroser les danseuses d’un pipi bien senti !!
en page 29 de comicos (le spectacle et ses maux), livre pamphlet publié en 2004, j’ai retenu ce paragraphe :
« le soir d'un bécaud ou d'un bourgeois gentilhomme, les gens, qui avaient loué leurs places bien à temps, (au théâtre municipal défunt) venaient habillés en costume de soirée, cravatés, parfumés. les dames coiffées, super maquillées, également parfumées. les mille personnes évoluaient avec grâce et politesse : on se saluait, on s'embrassait, on s'inquiétait de la santé de paul, de dupont. parfois même du chien de la voisine grippée qui n'a pu venir au théâtre !!! ah oui, quand on est grippé, on sacrifie le spectacle, même si on est abonné, que sa place a été payée des mois à l'avance : il ne faut pas contaminer les autres !!! il ne viendrait jamais à l'idée d'un spectateur de tousser bruyamment à l'intérieur de la salle, encore moins d'allumer une cigarette ! l'agent de police en service a rarement l'occasion d'intervenir !
le soir d'un douk kali ou d'un badaoui, les gens qui attendent la dernière minute pour se rendre au théâtre sont en état de transe car il a fallu batailler, pousser, donner des coups et en prendre (parfois méchamment), pour acheter les places. les mille personnes vont boucher les entrées du théâtre alors que les places sont toutes numérotées. des heures sont nécessaires, avec l'aide du service d'ordre pour calmer ce beau monde, redonner à la salle son air habituel et donner le top pour qu'enfin le spectacle commence ! la cigarette ? inutile de batailler, tout le monde a déjà allumé la sienne ! »
chaque théâtre a une odeur caractéristique, un parfum particulier .c’est une recette spécifique, résultat d’un mélange de senteurs multiples qui émanent du public, bien sur, mais aussi des matériaux divers qui ont servit à construire les décors, à confectionner les costumes. tous ces arômes additionnés à la respiration de dizaines, de centaines de personnes « enfermées » entre quatre murs pour plusieurs heures, fabriquent, pour chaque spectacle, l’odeur de la soirée. d’ailleurs, pendant que la salle se remplit en fonction du rythme d’arrivée des spectateurs, le parfum va continuellement changer, selon que vous soyez parmi les premiers, les traînards ou les retardataires !
c’est dire, encore et toujours, que le spectacle n’est pas une mince affaire .il n’est pas seulement question de monter une pièce, de la jouer « au petit bonheur la chance » devant quelques places payantes ou devant une salle remplie d’invitations ! après quoi, on se pavane, on s’octroi des qualificatifs superlatifs dérisoires, des feux de paille, tout en s’imaginant que les gens n’y ont vu que les feux de la rampe !
le spectacle est condamné à subir la même logique de production, de distribution, de communication pour arriver chez le consommateur qui, intéressé, convaincu, charmé, attiré, décide de l'acte d'achat du billet d’entrée, comme n’importe quel autre produit de grande consommation !
est-il pensable de « monter » une affaire commerciale, une unité de production, une entreprise, sans se soucier de son dirigeant, de l'équipe de professionnels du secteur qui vont veiller à la qualité du produit, quantifier la cible visée par ce produit, se soucier du pouvoir d'achat du consommateur potentiel à qui il va être présenté.
À l'autre bout de la chaîne, l'artiste qui « se débrouille » une pièce de théâtre à « monter », qui mendie, emprunte ou prie jour et nuit pour que la commission d’aide lui accorde « l’argent » pour payer ses décors, ses costumes, ses répétitions ; et lorsque le produit/pièce est prêt, quoi en faire ? À qui le présenter ? À qui le vendre ? et c'est un produit « périssable » encore plus vite qu'un œuf ou une tomate. on ne peut le mettre « au froid » en attendant le consommateur. tout va très vite, le produit/spectacle succombe rapidement : il suffit que quelques comédiens, matière première, se retirent pour que ça sente le souffre !!!
et le souffre, c’est connu, dégage une mauvaise odeur. excepté pour les baigneurs de mly yacoub,
des siècles après la fameuse lettre royale du 14 mai de 1994, à la veille de la journée mondiale du théâtre, un spectacle désolant sent toujours… vraiment mauvais !
n’empéche, d’aucuns, tels les fanfarons de la nuit des mille et une ladys (journée de la femme exige),
les pondeurs de fondations des arts sur-vivants, tant il est vrai que les autres arts (dont le théâtre) sont bien morts et décomposés,
les enzymes super-gloutons des milliards de leurs communes qui ont « construit des théâtres à coups de milliards (qui moisissent gaiement continuent à nous faire croire que le souffre, s’il ne sentait pas aussi grave, les milliards dilapidés sentiraient quand même si bon !!!!!
rappel :
mohammedia : théâtre de 20 milliards toujours fermé,
roches noires : théâtre de 14 milliards toujours en souffrance de public
sidi belyout, sidi othmane, mly youssef ou de casa-anfa, toujours en déliquescence.
ali kadiri

