de sidomidou le Samedi 14 Novembre 2009 - 8:40
Incompétence
par K. Selim
La presse et les autorités égyptiennes se sont livrées, après les jets de pierre contre le bus qui transportait les joueurs algériens, à un pathétique exercice de dénégation de l'évidence. L'exercice était d'autant plus vain qu'il existe des images suffisamment édifiantes pour que l'on n'aille pas jusqu'à l'affirmation que les joueurs de l'équipe nationale algérienne ont cassé eux-mêmes les vitres du bus et se seraient blessés volontairement.
Un représentant de la FIFA, qui a vu des «bris de verre et des taches de sang sur le plancher du bus», a confirmé hier ce que toutes les images indiquaient et que les autorités égyptiennes, dans un étonnant exercice de fuite en avant, ont refusé de voir. Il faut le dire d'emblée : le climat de passion patriotard qui entoure cette rencontre est détestable. On s'en est alarmé ici dans ces colonnes, mais il faut bien reconnaître que beaucoup de titres égyptiens et algériens ont choisi de jeter de l'huile sur le feu.
Même si la presse dérive dans le mauvais goût, il ne faut pas appeler des Etats, qui en font déjà trop dans ce domaine, à exercer un «contrôle» sur la presse. Par contre, ce que l'on doit attendre des Etats est qu'ils prennent leurs dispositions pour que les dérapages violents n'aient pas lieu. C'est en cela que l'Etat égyptien a failli. Il n'y a pas eu de conspiration ou d'embuscade organisée par l'Etat égyptien contre l'équipe algérienne. En revanche, au vu du travail détestable accompli par les médias qui ont transformé un match de football en bataille du destin, il fallait prévoir la possibilité de débordements et notamment que des jeunes décident de réserver un accueil musclé à l'équipe adverse.
Le fait que l'hôtel ne se trouve qu'à quatre cents mètres de l'aéroport est une circonstance aggravante. Sur un parcours aussi réduit, des services de sécurité compétents n'auraient pas permis que des «gamins» se livrent à des jets de pierres sur l'autobus de l'équipe adverse. Il n'y a pas complot, il y a seulement une vraie incompétence. Les autorités égyptiennes, au lieu de reconnaître simplement une défaillance dans ce domaine, ont choisi d'opter pour la thèse farfelue d'une machination orchestrée par les joueurs algériens.
A l'évidence, il y a une utilisation cynique et généralisée de la fibre patriotarde, pas seulement dans les pays sous-développés d'ailleurs. On peut considérer que cela fait partie du jeu des diversions politiciennes...
L'utilisation du sport aux fins de diversion est une technique vieille comme la politique. L'exaltation du nationalisme - aussi mal placé que ridicule pour un match de football dans une Egypte où 30% des enfants souffrent de malnutrition - est un recours qui paraît presque «naturel». Mais sur les bords du Nil, on montre cependant une très faible maîtrise de la gestion des effets de cette technique.
Et à l'incompétence policière vient s'ajouter une comique relation de faits que le monde entier peut voir à loisir. Plutôt que d'admettre des lacunes dans le dispositif de sécurité - qui ne pouvait qu'être strict vu le climat qui entoure la rencontre -, les responsables de la sécurité égyptienne et la presse cairote ont préféré le scénario grotesque de joueurs algériens s'infligeant des blessures pour le plaisir de créer des problèmes à l'Egypte.
Quand l'irresponsabilité vient au secours de l'incompétence, il n'y a de place que pour la compassion pour le sort de jeunes livrés à des élites aussi inconsistantes.